Protection de l'enfance : censure et autocensure

 

Protection de l'enfance : censure et autocensure


Rappelons tout d'abord quelques faits historiques.

aux USA :

Une Association of Comics Magazines Publishers se met en place le 1er juillet 1948. Cette association crée un Comics Code en six points. Elle décide d'apposer un sceau sur les magazines ("Authorized ACMP. Conforms to the Comics Code"). Toutefois l’ACMP est un échec dès sa création : sur 34 éditeurs, seuls 12 y adhérent. Et à la suite de diverses défections l’ACMP est dissoute en 1950.
En 1954, les comics sont sur la sellette aux États-Unis. Le psychiatre Fredric Wertham vient de publier Seduction of the Innocent, un livre violemment opposé au genre, qu'il accuse entre autres d'être à l'origine de la délinquance juvénile. Le livre obtient un large écho, créant l'inquiétude chez de nombreux parents dont les enfants sont amateurs de comics.
Dans le même temps, une commission d'enquête sénatoriale dirigée par Estes Kefauver s'intéresse elle aussi aux comics comme cause possible de la délinquance juvénile. Ayant interrogé Wertham à titre d'expert, la commission reprend largement ses thèses dans ses conclusions. Elle ne préconise aucune action précise, mais recommande fortement aux éditeurs de comics de « s'amender ».
Plusieurs éditeurs interprètent ce conseil comme la menace d'une future législation gouvernementale de contrôle des comics. Ils décident alors de prendre les devants en se regroupant en une association, la Comics Magazine Association of America, qui crée à son tour la Comics Code Authority (CCA). La CCA se définit comme un organisme d'auto-régulation chargé de veiller à l'application dans les comics d'un code de bonne conduite, leComics Code.
Les éditeurs membres s'engagent à soumettre à la CCA leurs comics préalablement à toute parution, et à ne les publier qu'une fois son approbation obtenue.
Dans sa forme d'origine, le code impose entre autres les règles suivantes :
  • Toute représentation de violence excessive et de sexualité est interdite.
  • Les figures d'autorité ne doivent pas être ridiculisées ni présentées avec un manque de respect.
  • Le bien doit toujours triompher du mal.
  • Les personnages traditionnels de la littérature d'horreur (vampires, loup-garous, goules et zombies) sont interdits.
  • La publicité pour le tabac, l'alcool, les armes, les posters et cartes postales de pin-upsdénudées ne doivent pas apparaître dans les magazines.
  • La moquerie ou les attaques envers tout groupe racial ou religieux sont interdits.

(source Wikipedia)


En France :
En 1949 est créée la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence qui a pour but de censurer principalement les bandes dessinées étrangères qui montrent sous un jour favorable « le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés de crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. Ces publications ne doivent pas non plus comporter de publicité, d'annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse ».
En 2011, la loi a été modifiée comme suit : les publications destinées à la jeunesse "ne doivent comporter aucun contenu présentant un danger pour la jeunesse en raison de son caractère pornographique ou lorsqu'il est susceptible d'inciter à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, aux atteintes à la dignité humaine, à l'usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants ou de substances psychotropes, à la violence ou à tous actes qualifiés de crimes ou de délits ou de nature à nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral de l'enfance ou la jeunesse. Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse."
La commission a procédé à l'interdiction d'un certain nombre de publications. Ainsi, la première revue des éditions Lug, Fantask, consacrée aux super-héros tels ceux créés par Stan Lee et Jack Kirby dans les Quatre fantastiques et Surfer d'argent, fut interdite à compter du #7. Idem pour Wampus, chez le même éditeur et toujours en 1969. Si les personnages de Marvel purent repartir assez rapidement dans Strange et Marvel dès 1970, il n'en fut pas de même pour Wampus qui ne verra sa septième aventure publiée qu'en 1983 et ne décollera jamais vraiment.
De même, au titre de l'article 13 de la loi, la Commission a été à l'origine du refus d'importation de plusieurs albums belges de bande dessinée.
La Commission peut également proposer différents types d'interdictions de publications « pour adultes » avec l'article 14. Ainsi :
  • Barbarella de Jean-Claude Forest (1964) ;
  • Jodelle de Guy Peellaert et Pierre Barbier (1966) ;
  • Epoxy de Jean Van Hamme et Paul Cuvelier (1968) ;
  • Elvifrance, maison célèbre pour diffuser des bandes italiennes érotiques pour les militaires, connut 776 interdictions durant son existence.

Ces cas semblent anciens mais la Commission est toujours active. Cette contrainte représente un risque qui amène nombre d'éditeurs à s'autocensurer.

(source WIkipedia)

Loi protectioniste ? C'est ce que certains pensent. (voir ici ).

Toutefois, ces lois auront une influence réelle sur les publications des années 1950/60, et leur effet sera même parfois renforcé du fait que certaines de ces BD sont parues dans des magazines de confession catholique. Cela aura pour conséquence des séquences d'images surprenantes : des gens assommés sans qu'on puisse voir de coups échangés ; pas de morts ; pas de relations amoureuses ... (nous reparlerons de tout ça).

Il fallait sans cesse, pour les scénaristes et les dessinateurs, trouver un équilbre entre la moralité et la délinquence qui, on le sait, est bien plus attirante si l'on veut raconter une histoire passionnante. Dans les courses automobiles, ce sont bien les sorties de route qui donnent le plus d'émotions ! N'est-ce pas ?

D'un autre côté, il faut quand même bien des "méchants" pour mettre en valeur la pureté morale du héros.

En attendant, en raison de ces restrictions, on comprendra d'autant plus facilement, dès la fin des années 1960, l'apparition de publications de bandes dessinées qui se déclarèrent "pour adultes" afin de pourvoir libérer l'image et aborder librement certains thèmes évités jusque là en raison de la censure ou de l'auto-censure. Comme par exemple : le sexe, les dérives morales, la violence, le crime, le viol ... Et puis le lectorat du début avait grandi, et pour le conserver, il fallait bien évoluer et répondre à ses attentes d'adultes.


 

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